BIOGRAPHIE DE MAX HEINDEL


 

Max Heindel, fondateur du Rosicrucian Fellowship, est né le 23 juillet 1865, près de Copenhague, dans la famille von Grasshof qui, du vivant de Bismarck, était en relation avec la cour allemande. Le père de Max Heindel, François- Louis von Grasshof, émigra dans sa jeunesse au Danemark, où il épousa une jeune fille appartenant à la noblesse danoise, Anna Witthen. De cette union naquirent trois enfants: deux fils et une fille. L'aîné était Carl-Louis von Grasshof, qui adopta plus tard le pseudonyme de Max Heindel.

A huit ans, Max Heindel fait une chute en sautant un ruisseau, causant à sa jambe gauche une grave blessure qui l'obligera à garder le lit pendant seize mois. En effet, les chirurgiens avaient retiré de la blessure de nombreux débris d'os et avaient dû poser plusieurs drains pour évacuer le pus qui se reformait sans arrêt. Pendant dix ans, Max Heindel dut marcher avec une chaussure spéciale, jusqu'à ce que sa jambe fût suffisamment forte, mais une plaie ne se refermait pas et un pansement devait être refait jour et nuit. C'est seulement une trentaine d'années plus tard, à la fin des six premiers mois d'alimentation végétarienne que la plaie s'est complètement cicatrisée.

A l'âge de seize ans, Max Heindel part en Angleterre, car la vie à la maison lui paraît étouffante, et il s'engage dans les chantiers navals de Glasgow

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pour y apprendre le métier d'ingénieur. Plus tard, il s'installe à Liverpool, où il devient ingénieur en chef d'un des grands navires de la "Cunard Line".

En 1885, il épouse Catherine Luetjens Dorothy Wallace. De ce mariage sont nés trois filles et un fils, mais la vie conjugale étant finalement devenue, pour les deux époux, une source de désappointements et de chagrins, a fini par un divorce, après lequel Max Heindel est parti aux Etats-Unis pour s'y refaire une nouvelle vie.

De 1896 à 1902, Max Heindel vit à New York et y exerce la profession d'ingénieur-conseil. Ce sera une période remplie d'épreuves. La privation, la faim seront ses compagnons quotidiens. Le mariage qu'il avait contracté durant cette période et dont sont nés un fils et deux filles, s'est terminé en 1905 par le décès de sa femme.

Elevé dans la foi luthérienne, Max Heindel est devenu plus tard membre d'une Eglise Quaker. En l903, nous le retrouvons à Los Angeles, où il s'intéresse aux études métaphysiques et devient membre de la Société Théosophique, dont il sera le vice-président entre 1904 et 1905. Il y rencontre Augusta Foss, qui l'intéresse à l'astrologie et qui devait devenir plus tard, en 1909, sa femme et sa principale collaboratrice.

A cette époque se développait en lui un désir de plus en plus intense de connaître la cause des souffrances physiques et morales de l'humanité et de contribuer à leur allégement. A sa grande joie, il trouva que l'astrologie pouvait donner la clé de la nature intérieure de l'homme.

Le surmenage (Max Heindel travaillait et étudiait jusqu'à 16 et même 18 heures par jour) et les privations provoquèrent une grave crise cardiaque en 1905 et,

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pendant sa maladie, Max Heindel allait devenir de plus en plus conscient de la nécessité, pour les être humains, de connaître les causes de leurs souffrances. Il commença une tournée de conférences sur le mysticisme chrétien et sur l'astrologie, qui l'amena jusqu'à Seattle, dans l'Etat de Washington. Il était resté en relation avec une amie, Alma von Brandis, qui essayait de le persuader de se rendre en Allemagne pour rencontrer Rudolf Steiner, mais ce n'est qu'en 1907, après une rencontre à Dallas, que Max Heindel se laissera convaincre de faire ce voyage, Alma von Brandis allant jusqu'à lui offrir le billet de la traversée.

C'est dans un texte intitulé "A propos de Dédicace" figurant en tête de la deuxième édition de la "Cosmogonie", que nous trouverons les renseignements les plus précis sur ce séjour de Max Heindel:

"Du début de novembre 1907 à fin mars 1908, l'auteur a consacré son temps à l'examen des enseignements du Dr. Steiner, lequel était absent de Berlin pendant presque toute cette période. Au cours du dernier d'environ six entretiens personnels avec le Dr Steiner, l'auteur a mentionné qu'il avait commencé à écrire un ouvrage d'occultisme, sorte d'abrégé des enseignements de l'Orient et de l'Occident.

"Le Dr Steiner recommanda alors que s'il était fait usage d'enseignements quelconques publiés par lui, il faudrait le mentionner comme référence et source d'information. En conséquence, l'auteur a convenu de dédier son ouvrage au Dr. Steiner.

"Au cours des mois de janvier, février et mars 1908, le Frère Aîné que l'auteur connaît et vénère maintenant comme Instructeur est venu plusieurs fois, revêtu de son corps éthérique, et lui a donné des éclaircissements sur divers points. En avril et mai,

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après avoir été, sans s'en rendre compte, mis à l'épreuve, l'auteur fut invité à se rendre au domaine sur lequel se trouve le Temple de la Rose-Croix.

"C'est là qu'il a rencontré le Frère Aîné dans son corps physique et qu'il a reçu la philosophie de grande envergure et de synthèse contenue dans le présent ouvrage, lequel, dans l'opinion de nombreux anciens étudiants de l'occulte en Angleterre, sur le continent européen et en Amérique, englobe tout ce qui a été enseigné publiquement ou ésotériquement par le passé, et contient en outre beaucoup d'informations qui n'avaient jamais été publiées auparavant.

"C'est pourquoi le manuscrit inachevé mentionné au Dr Steiner a été détruit; toutefois, comme l'enseignement ultérieur et plus complet corroborait dans les grandes lignes celui du Dr. S., il a semblé préférable de dédier ce volume au Dr S. plutôt que de paraître un plagiaire. Mais le danger d'une telle, conclusion était minime, car un plagiaire donne invariablement moins que l'auteur dont il dérobe les idées; et l'on trouvera que, dans chaque cas où des ouvrages antérieurs sont comparés à l'actuel, ce livre donnera toujours davantage d'informations.

"Cette dédicace a donc été une erreur (voici le texte de la dédicace en question: "A mon estimé ami, Dr Rudolf Steiner, en profonde reconnaissance des précieux enseignements reçus; et à mon amie, Dr Alma von Brandis, pour l'inestimable influence qu'elle a exercé sur ma vie et sur mon développement spirituel".); elle a conduit bien des personnes qui n'ont jeté qu'un coup d'oeil à ce livre à la conclusion qu'il inclut les enseignements du Dr S.; et une lecture attentive des pages 8 et 9 (du bas de la page 13 au haut de la page 15 dans la nouvelle Cosmogonie violette) montrera que cette dédicace n'avait jamais été destinée à rendre une telle idée. L'auteur ne sait comment

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exprimer la vraie idée d'une phrase de dédicace, aussi a-t-il décidé de la retirer, avec ses excuses au Dr S. pour tout ennui qui pourrait lui être causé par des conclusions hâtives concernant sa participation à la "Cosmogonie des Rose-Croix".

Ce qu'était l'épreuve mentionnée dans le texte ci-dessus, Max Heindel nous le révèle en disant que, par deux fois à un mois d'intervalle, celui qui est devenu son Instructeur lui avait assuré que l'Ordre des Rose-Croix avait, de l'énigme de l'Univers, des solutions bien plus approfondies que tous les enseignements publiés jusqu'ici, et qu'il les lui communiquerait volontiers, à la condition qu'il les garde strictement pour lui.

Refus catégorique et réitéré de Max Heindel: "Si ce que vous possédez est si bon, c'est également bon à faire connaître au monde". Mais lors du second refus, voilà que l'Instructeur le félicite d'avoir passé cette épreuve et lui fait savoir qu'il avait été en observation pendant plusieurs années comme un candidat éventuel pour la publication de ces enseignements, laquelle devait avoir lieu avant la fin de décembre 1909. Il est invité à se rendre au Temple des Rose-Croix, dans un endroit proche de la frontière de Bohême. Il y séjourne plus d'un mois, en communication directe avec les Frères de la Rose-Croix, qui lui font part des enseignements contenus aujourd'hui dans le livre qu'il a intitulé "Cosmogonie des Rose-Croix" (The Rosicrucian Cosmo- Conception).

Sa première rédaction de l'ouvrage n'était qu'une ébauche, aux dires de l'Instructeur, qui lui assura que, une fois de retour aux Etats-Unis, il désirerait en remanier le texte. Max Heindel n'était pas de cet avis, mais la prédiction se réalisa, et la nouvelle rédaction de cette oeuvre monumentale fut commencée à New York, puis, la chaleur devenant trop insupportable,

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continuée plus au nord, à Buffalo, où le manuscrit fut achevé en septembre 1908.

Le problème qui se posait maintenant était de publier cette oeuvre et de réunir les fonds à cet effet. En raison de la chaleur estivale, les cours et conférences de Max Heindel n'eurent pas le succès espéré, mais il trouva plus au sud-est, à Columbus (Ohio) un meilleur terrain pour son activité, ainsi que l'aide de Mrs Rath-Merrill et de sa fille, qui l'assistèrent pour le dessin des schémas de l'ouvrage.

Il resta plusieurs mois dans cette ville, où ses conférences et ses cours trouvaient un écho favorable, et c'est là qu'il fonda le premier centre rosicrucien en novembre 1908. Après chaque conférence, il en distribuait gratuitement le texte qu'il avait polycopié lui-même. Il parcourait chaque jour des kilomètres pour afficher des cartes aux endroits où elles pouvaient être vues par les passants; d'autre part, il écrivait des articles pour les journaux et les remettait aux rédacteurs. Certains d'entre ces derniers étaient très opposés à ces nouveaux enseignements, mais Max Heindel, qui était d'un abord sympathique, parvenait généralement à se les concilier, obtenant parfois une colonne entière qui amenait un nombreux public.

Après avoir donné à Columbus vingt conférences, il se rendit à Seattle, où il s'était fait de nombreux amis en 1906. Un de ces amis, William M. Patterson, étant lui-même imprimeur et éditeur, put non seulement l'aider à placer son oeuvre chez un éditeur de Chicago, mais aussi lui donner les conseils les plus précieux pour sa publication. Dans cette ville de Seattle, Mrs Jessie Brewster et Kingsmill Commander lui furent également des plus utiles pour la révision du manuscrit. C'est aussi là que, le 10 août 1909, sur la suggestion d'un groupe d'étudiants de ses enseignements,

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il fut décidé de fonder l'organisation appelée "The Rosicrucian Fellowship".

Accompagné par M. Patterson, Max Heindel prit le manuscrit de la "Cosmogonie" et les textes de ses vingt conférences à Chicago, où le tout fut imprimé par la suite (les conférences sous forme de brochures à distribuer, le volume les contenant n'ayant été publié qu'après son décès). Voici comment il décrit son activité à Chicago: "La "Cosmogonie des Rose-Croix" a été publiée en novembre 1909. Des amis avaient révisé le manuscrit et fait un travail admirable, mais je devait naturellement le revoir avant de le remettre à l'imprimeur. J'ai ensuite relu et corrigé les premières épreuves, puis les secondes une fois les corrections faites. J'ai encore relu le tout après la division en pages, donnant des instructions aux graveurs pour les figures, puis à l'imprimeur pour leur placement dans le livre, etc. Je me levais à six heures du matin et travaillais jusque tard dans la nuit pendant toutes ces semaines, au milieu d'une confusion sans fin avec les gens du métier et le bruit assourdissant de Chicago, étant souvent à la limite de mon endurance nerveuse. Je suis cependant parvenu à garder mon équilibre et à ajouter plusieurs nouveaux points à la "Cosmogonie". Si je n'avais pas eu l'appui des Frères Aînés, j'aurais succombé à la tâche, mais c'était leur oeuvre et ils m'ont soutenu jusqu'à la fin."

Pendant que Max Heindel était à Chicago, la totalité de la première édition, excepté quelques centaines d'exemplaires stockés à Seattle, avait été entreposée chez la gérante d'une maison d'édition. Etant endettée, cette personne utilisa les exemplaires de la "Cosmogonie" pour désintéresser (?) d'autres éditeurs qui étaient ses créanciers. Lorsque, de Seattle, on voulut plus tard faire venir une nouvelle provision de livres, on découvrit que la première édition était épuisée, et il

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fallut en commander une nouvelle, à laquelle fut ajouté un index de soixante pages.

On pourrait penser que la perte des deux tiers des exemplaires de la "Cosmogonie" serait une calamité pour un promoteur peu fortuné, mais ce ne fut pas le cas. Au contraire, cette circonstance se révéla providentielle, car cette gérante avait été associée pendant des années avec des mouvements d'avant-garde tels que "Pensée Nouvelle" (New Thought), Théosophie, etc. et leur procurait des livres provenant de grandes maisons d'édition. Elle leur avait donc suggéré en paiement de ses dettes, d'accepter des exemplaires de la "Cosmogonie" qui, jusqu'ici, avait été relativement peu connue. De cette manière, elle avait créé, pour cet ouvrage, une demande qui fut le moyen de diffuser les enseignements rosicruciens dans le monde. Bref, ce fut une réelle bénédiction.

Après avoir créé des centre du Rosicrucian Fellowship à Columbus, Seattle, Yakima (Washington) et Portland (Oregon), Max Heindel revint à Los Angeles en novembre 1909 pour y diffuser son message. De fin novembre 1909 à la mi-mars 1910, aidé par Augusta Foss, il donna des cours et des conférences, ces dernières à raison de trois par semaine, faisant chaque fois salle comble avec plus de mille auditeurs. En mars, sa santé ne lui permettant plus de continuer, il dut être hospitalisé à nouveau pour troubles cardiaques. Pendant ce temps, Augusta Foss le remplaça pour les cours, ayant souvent 120 élèves en astrologie.

Une fois rétabli, Max Heindel s'installa dans le quartier de Bunker Hill, proche du centre de Los Angeles, où il rédigea un recueil des réponses aux questions posées par ses auditeurs, et les publia sous le titre de "Questions et Réponses" (il s'agit du premier volume).

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Le 10 août 1910, à Santa Ana (entre Los Angeles et Oceanside) eut lieu le mariage de Max Heindel et d'Augusta Foss. Le lendemain déjà, il partait en tournée de conférences dans le nord (Etats d'Oregon et de Washington) mais dut bientôt interrompre cette activité en raison de nouveaux troubles cardiaques. Il revint donc à Los Angeles, ou plutôt dans les environs, à Ocean Park, sur la côte du Pacifique, où Mrs Heindel avait acquis un cottage pour le recevoir. Ils se procurèrent une petite presse à imprimer et commencèrent, en novembre, à envoyer des leçons à leurs membres, continuant ainsi le travail commencé à Seattle en 1909. Max Heindel prépara en même temps le manuscrit d'une autre livre, "Les Mystères Rosicruciens", en dictant son texte à une sténographe tandis qu'il arpentait la pièce où il se trouvait, racontait plus tard Mrs Heindel.

C'est aussi à cette époque que Max Heindel envisagea la création d'un centre de guérison, ainsi que cela lui avait été recommandé par l'Instructeur, mais pour cela il devenait nécessaire de créer un centre permanent. Sur ces entrefaites, William Patterson, l'ami qui avait aidé Max Heindel à publier la "Cosmogonie" et les vingt conférences, vint avec sa femme rendre visite à Max Heindel et offrit de l'aider à trouver un terrain et de lui avancer les fonds nécessaires. Ils se mirent donc à la recherche d'un emplacement convenable et leur choix tomba sur un terrain d'une quinzaine d'hectares à Westwood (à l'ouest d'Hollywood, près de l'endroit où se trouve maintenant l'université de Los Angeles). Un acompte fut même versé, mais en raison du refus de certains membres de signer les papiers requis, l'achat ne put se faire.

Toutefois, Mr et Mrs Heindel continuaient leurs recherches et, un dimanche matin, ils prirent des billets pour le train allant à San Diego, en demandant

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de pouvoir s'arrêter en cours de route à San Juan Capistrano et à Oceanside, mais seul ce dernier arrêt fut autorisé.

Voici comment Mrs Heindel nous raconte leur arrivée: "Personne en vue, excepté un petit garçon d'une dizaine d'années, à la figure pleine de taches de rousseur, qui nous accueille avec un large sourire en disant: "Bonjour! que cherchez-vous?" Mon mari, qui aimait beaucoup les enfants, lui a répondu avec simplicité: "Nous voudrions acheter du terrain; peux-tu nous en vendre?" - A notre grande surprise, il s'est vu répondre: "Non, pas moi, mais voici l'homme qui en vend", tandis que le garçon pointait son doigt en direction d'un homme grisonnant qui se dirigeait vers eux à travers un terrain vague.

"Nous avons alors appris de Mr Chauncey Hayes qu'il était le seul agent immobilier de ce petit village et que nous avions eu de la chance de le rencontrer, car il était sur le point de s'absenter pour plusieurs semaines. En apprenant ce que nous désirions, il appela un homme qui se trouvait à la porte d'une écurie de louage et lui demanda de nous conduire au "terrain du réservoir". L'homme revint bientôt avec un surrey à deux places, attelé de deux chevaux fringants. Environ vingt minutes plus tard, nous étions sur le bord d'une colline.

"La vue sur la vallée de San Luis Rey était merveilleuse. Nous étions sur un plateau d'une quinzaine d'hectares, à la végétation désertique d'armoises et de sauges ligneuses, sans aucune trace de verdure. Au nord, on apercevait le sommet de deux réservoirs assez disgracieux qui alimentaient Oceanside en eau. Malgré l'état du terrain lui-même, la vue au loin, soit sur les montagnes du nord-est ou sur l'océan au sud-ouest, était réellement de toute beauté.

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Max Heindel, auquel notre futur Siège avait été montré dans une vision, s'est aussitôt exclamé: "Oh! c'est ici, c'est ici l'endroit!"

C'est ainsi que fut acquis le site du Siège mondial du Rosicrucian Fellowship. Le premier paiement de mille dollars fut versé par William Patterson, alors que les 4000 dollars restants devaient faire l'objet d'acomptes annuels.

Le 28 octobre eut lieu la cérémonie du début des travaux de construction, dont nos lecteurs trouveront le détail dans ce même volume (Lettre NO 12).

Après la fondation du Siège Directeur Mr et Mrs Heindel, avec quelques aides dévoués, entreprirent la tâche de transformer ce lieu aride en un beau parc verdoyant et de diffuser les enseignements de la Sagesse Occidentale au moyen de lettres et leçons mensuelles, de livres, d'un périodique et de textes à distribuer.

Le travail de pionnier n'est jamais facile, et celui entrepris par Max Heindel ne faisait pas exception. Mais grâce à ses efforts surhumains et à l'aide de sa fidèle épouse et de collaborateurs dévoués, cet homme est parvenu, en peu d'années, à créer un centre spirituel d'où devront rayonner durant des siècles les enseignements du Nouvel âge du Verseau.

Tel que nous le décrivent les premiers numéros des "Echos de Mount Ecclesia" (devenus plus tard le Magazine des "Rays from the Rose-Cross") et selon ceux qui ont eu le privilège de le connaître, Max Heindel ne négligeait aucun devoir de nature à réaliser le but qu'il s'était fixé. Il travaillait sans répit à la construction de nouveaux bâtiments, à installer l'électricité produite par un générateur qu'il s'était procuré, à creuser un puits pour trouver de l'eau au bas du terrain et à la faire monter à l'aide d'une pompe à

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moteur jusqu'à un réservoir, l'eau de la ville ayant tari à cette altitude. Grâce à ses efforts, il y avait, à la fin de 1918, outre les deux bâtiments primitifs, une chapelle où de brefs services étaient célébrés chaque jour, une "Cafétéria" (réfectoire à self-service) pour le personnel et les visiteurs, un bâtiment administratif avec imprimerie, atelier de reliure et bureaux, ainsi que des cottages pour loger les collaborateurs. Une longue allée, aux gracieuses courbes, bordée de part et d'autre par des palmiers, avait été créée, et ces palmiers sont aujourd'hui superbes à voir, de même d'ailleurs que tout le reste du domaine, avec ses eucalyptus, ses poivriers du Pérou, ses arbustes et ses fleurs.

Pendant toutes ces années, Max Heindel était naturellement aussi très occupé à écrire des lettres et des leçons mensuelles pour ses étudiants, à rédiger des articles pour le "Magazine", à donner des cours de philosophie et d'astrologie. En novembre 1918, peu avant son décès, une de ses lettres aux étudiants nous apprend encore la publication de 60 éphémérides astrologiques, à partir de l'année 1860, dont les calculs ont pris une année d'efforts acharnés; d'une Table des Maisons et, avec la collaboration de Mrs Heindel, du volume "Le Message des Astres", complétant l' "Astrologie Scientifique Simplifiée", un ouvrage écrit en 1909 et complété plus tard par un "Vocabulaire astrologique philosophique".

Ceux d'entre ses livres qui n'ont pas été mentionnés dans cette biographie ont été publiés après son décès et se composent en grande partie de ses leçons mensuelles aux étudiants, ainsi que d'autres écrits parus dans les "Rays", etc.

Pendant les huit années qui ont suivi la création du Siège de Mount Ecclesia en 1911, le surmenage constant

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de Max Heindel devait inévitablement user son corps physique. Ayant souffert pendant des années de troubles circulatoires et cardiaques, il savait sans doute que son temps était limité et que l'heure de continuer son oeuvre de l'autre côté allait bientôt sonner.

Le lundi 6 janvier 1919, à 20 heures 25, ce fidèle messager des Frères de la Rose-Croix a été rappelé dans le monde invisible. Au matin de cette journée, il semblait encore plus gai qu'à l'ordinaire, mais dans la soirée, alors qu'il parlait à Mrs Heindel d'une lettre qu'il avait écrite, il s'affaissa lentement sur le sol en lui disant encore "All is well, dear" (Tout est bien, chérie).

Nous ne saurions mieux faire, en conclusion de ces lignes, que de citer le témoignage de Mrs Corinne Heline, qui a eu le privilège de collaborer avec lui pendant cinq ans: "Je crois que Max Heindel a été l'exemple le plus parfait que j'aie connu de l'équilibre entre le côté mystique et le côté pratique de la vie. Il était simple et humble, avec le don d'accomplir avec grâce et joie les besognes les plus ordinaires. En cas de nécessité, il descendait à l'étable et trayait la vache, ou bien il recueillait un essaim d'abeilles. Il grimpait sur un poteau pour réparer un câble électrique, il plantait des arbres, sarclait le jardin potager, récoltait des légumes. Tout cela, il le faisait avec le même sérieux et le même enthousiasme que pour se rendre au bureau, à la salle de cours ou à l'auditoire pour faire partager ses connaissances et sa sagesse.".

 

 

 

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PRÉFACE

Pendant huit ans, Max Heindel a envoyé mensuellement aux étudiants de la Philosophie Rosicrucienne des lettres donnant beaucoup de précieux enseignements sur les causes de nombreuses difficultés de la vie quotidienne, ainsi que sur les solutions aux problèmes qui peuvent se poser aussi bien aux individus qu'aux nations. Ces lettres, au nombre de 98, ont été envoyées entre Noël 1910 et janvier 1919.

En sa qualité de messager des Frères Aînés de l'Ordre de la Rose-Croix, Max Heindel a continuellement reçu et transmis à ses étudiants des informations de nature occulte sur l'évolution passée, présente et future de la vie et de la forme, que ses facultés lui permettaient de vérifier et de compléter. Dans ses "Lettres aux Etudiants", on trouvera de nombreuses notions sur la philosophie rosicrucienne, avec un grand nombre de conseils pratiques et utiles pour s'efforcer de vivre en chrétien mystique.

Dans certaines lettres, il est fait mention de la leçon qui les accompagnait. Depuis lors, ces leçons ont été réunies en volumes et sont devenues les chapitres d'ouvrages tels que: "La Trame de la Destinée, nouée et dénouée", "Les Mystères des Grands Opéras", "Glanes d'un Mystique", "Enseignements d'un Initié", "Origines de la Franc-Maçonnerie et du Catholicisme", "Les Grandes Forces de la Nature", etc. Chaque fois qu'il est fait mention d'une de ces leçons dans le texte des lettres, nous avons pris soin d'indiquer dans quel

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ouvrage on pourra la retrouver; ainsi le lecteur aura la possibilité de lire d'abord la leçon, s'il désire retirer un plus grand profit du commentaire qu'en fait la lettre. Grâce à ces renvois, le présent recueil devient un guide des plus utiles pour l'étude des ouvrages ci-dessus, que les lettres 74 et 81 nous suggèrent de relire de temps à autre.

En publiant ces lettres, nous avons le sentiment d'offrir à nos étudiants, ainsi qu'à tout aspirant, un ouvrage de grande valeur, dans lequel ils pourront trouver aide et assistance pour leur progrès sur le Sentier.

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Il peut être utile de préciser que toutes ces lettres commençaient par les mots "Dear Friend" qui signifie à la fois "Cher Ami" et "Chère amie". Ces mots reviennent aussi parfois dans le texte des lettres, et ont été rendus, pour ne pas alourdir, par le pluriel "chers amis". La formule de salutations était "Yours in Fellowship", soit à peu près "Bien à vous, en communion d'esprit" (nous dirions "Votre fraternellement dévoué"). Enfin, il faut noter que le mot anglais "student", que nous avons rendu par "étudiant" convient mieux à des adultes que le mot "pupil" (élève) et qu'il est utilisé ici dans le sens de "personne qui étudie".

NB: partout où il est écrit "croissance spirituelle", il s'agit de la "croissance de l'âme", "soul growth", dans le texte anglais: le "produit spiritualisé du corps triple" (voir index "Cosmogonie").

 

 

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LETTRE NO 1 - Noël 1910 - L'IDÉAL DE LA FRATERNITÉ

Dans un mouvement religieux, il est d'usage de s'adresser l'un à l'autre comme "frère" ou "soeur", reconnaissant ainsi que nous sommes tous des enfants de Dieu, notre commun Père. Cependant, l'harmonie en règne pas toujours entre frères et soeurs; il arrive même qu'ils s'égarent au point de se haïr mutuellement, alors que les amis ne peuvent être unis que par de bons sentiments.

C'est pour cette raison même que le Christ, notre grand et glorieux idéal, a dit à ses disciples: "Dès lors, je ne vous appelle pas des serviteurs...mais des amis" (Jean 15:15) et nous ne saurions mieux faire, en cela comme en d'autres occasions, que de suivre son exemple. Donc, au lieu de nous contenter de relations fraternelles, efforçons-nous d'être des amis dans le sens le plus saint et le plus intime du terme.

Les Frères Aînés, dont les admirables enseignements nous ont rapprochés sur le Sentier, honorent leurs disciples de la même façon que le Christ honorait ses apôtres, en leur donnant le nom d' "amis". Si vous persévérez dans la voie que vous avez choisie, vous serez un jour en leur présence et vous entendrez ce mot prononcé sur un ton si aimable, si tendre et si doux, qu'il est impossible de le décrire ou de se l'imaginer. Dès cet instant, il n'est pas de tâches que vous n'accompliriez pour mériter cette amitié.

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Votre seul désir, votre seule aspiration, sera de les servir, et aucune distinction terrestre ne vous paraîtra digne d'être comparée à cette amitié.

Sur mes épaules indignes repose le grand privilège de transmettre les enseignements des Frères Aînés, aussi bien au grand public qu'aux étudiants, candidats et disciples du Rosicrucian Fellowship. Vous avez demandé à être inscrit sur ma liste de correspondants, et je suis heureux de vous tendre une main fraternelle, en vous accueillant sous le nom d'ami . J'apprécie la confiance que vous me témoignez, et je vous assure que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour mériter votre confiance. J'espère que vous voudrez aussi m'aider dans la tâche que je remplis pour vous et pour d'autres, par un jugement charitable de toute insuffisance que vous découvrirez en moi ou en mes écrits. Nul n'a autant besoin des prières d'autrui que celui qui doit jouer le rôle d'un conducteur.

Veuillez vous souvenir de moi dans vos dévotions et recevoir l'assurance que vous aurez votre place dans les miennes.

Je joins votre première leçon (devenue le premier chapitre de "Interprétation mystique de Noël" dans l'ouvrage "Les Grandes Forces de la Nature", tome 2 de "Enseignements d'un Initié") en espérant que cette lettre permettra d'établir nos relations sur une base de sincère amitié.

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LETTRE NO 2 - Février 1911 - CROITRE SPIRITUELLEMENT PAR L'ACTION

J'espère que vous avez bien étudié la leçon de Noël et que vous êtes pleinement familiarisés avec le phénomène du flux et du reflux spirituels dans l'univers. Cela vous permettra de fournir une raison de votre foi dans la "Sainte Nuit". Dans la leçon de ce mois-ci (devenue le chapitre 8 des "Glanes d'un Mystique") un développement de cette idée conduit à une nouvelle conclusion, jusqu'ici non enseignée publiquement. Cette petite leçon renferme encore d'autres enseignements qui jettent une lumière nouvelle sur le Mystère de la Naissance immaculée, et j'espère que vous l'étudierez diligemment au cours du mois qui vient, de façon à vous rendre pleinement compte de la transcendante beauté des sublimes enseignements rosicruciens sur ce sujet.

Mais, après tout, le fait d'avoir étudié la leçon de Noël et de pouvoir discuter du flux et du reflux spirituels, ou d'être capables d'expliquer, à la fin du mois, le mystère de l'Immaculée Conception, est secondaire en regard de l'importance de ce que vous pourrez répondre à la question suivante: Avez-vous saisi l'occasion de la marée spirituelle de Noël pour partir à la recherche d'un malheureux ayant besoin de votre aide, comme il était suggéré dans le dernier alinéa de la leçon? Avez-vous appliqué à la vie pratique l'enseignement de cette leçon? Je l'espère, car c'est seulement par leur

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application dans notre cercle immédiat d'influence que ces leçons produiront des fruits sous forme de croissance de l'âme. Vous pouvez les lire et les relire à en avoir une indigestion mentale, mais les actions parlent plus fort que les mots. Il existe d'ailleurs un lieu mal famé dont on dit que son chemin est pavé de bonnes intentions. Aussi, chers amis, permettez-moi d'insister auprès de vous sur la nécessité d'agir! agir! et encore agir!

Souvent nous voyons chez nous, au bureau, à l'atelier ou ailleurs, une certaine chose qui devrait être faite, mais l'attitude habituelle est de se dérober, en disant: "Pourquoi devrais-je le faire? A un autre de s'en occuper!" Nous devrions raisonner différemment et ne pas chercher à en faire le moins possible, car ainsi nous ne nous préparerions pas à devenir des Aides Invisibles. En voyant qu'une tâche devrait être accomplie, il faudrait se dire: "Quelqu'un devrait faire cela: pourquoi pas moi ?"

Durant le mois qui vient, chers amis, prenons comme exercice spirituel de conformer notre conduite au précepte: "Pourquoi pas moi?" et, en le faisant avec constance, les bénédictions que nous en retirerons dépasseront celles dont nos obligés auront bénéficié de notre part.

Puisse Dieu vous bénir abondamment et vous fortifier dans vos efforts

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LETTRE NO 3 - Mars 1911 - SERVICE DESINTERESSE A AUTRUI

Vous avez sans doute étudié, jusqu'à un certain point, les enseignements provenant de l'Ordre des Rose-Croix et, lorsque je m'adresse à vous, ce n'est pas comme si je parlais à des personnes non familiarisées avec nos idées, ou peut-être sceptiques au sujet de l'existence d'un tel Ordre. Au cours des deux dernières années, ces enseignements se sont propagés dans le Monde Occidental à la vitesse d'un feu de brousse, et ceci montre qu'il y a, derrière eux, un pouvoir extra-humain. Vous vous en rendrez probablement mieux compte encore en lisant la leçon de ce mois-ci (devenue le premier chapitre des "Mystères Rosicruciens") qui traite de cet Ordre mystérieux, en montrant sa relation avec The Rosicrucian Fellowship.

Avez-vous déjà réfléchi, chers amis, à ce qui vous lie au Rosicrucian Fellowship? Vous savez qu'il n'y a pas de liens extérieurs, pas de serments de fidélité, et qu'on ne vous a confié aucun secret. En quoi donc consiste The Rosicrucian Fellowship?

Cela ne peut être son enseignement, car il est accessible au monde entier, et beaucoup de personnes l'acceptent sans demander leur affiliation. Ce n'est pas non plus, d'ailleurs, cette affiliation qui crée le lien intérieur, car il en est beaucoup qui étudient pour leur intérêt propre , sans avoir aucune fraternité avec le reste d'entre nous. C'est bien plutôt le service que nous

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accomplissons et la ferveur avec laquelle nous mettons en pratique les enseignements; c'est la façon dont nous devenons de vivants exemples de cet amour fraternel dont le Christ disait qu'il représentait l'accomplissement de tous les commandements.

Le mois dernier, nous avions pris pour mot d'ordre la pensée que, si un certain travail semblant ne revenir à personne en particulier devait être accompli, nous dirions "Pourquoi pas moi?" au lieu de laisser un autre s'en occuper...ou le négliger. Je compte bien que vous avez souvent rendu ce genre de service désintéressé, resserrant ainsi nos liens fraternels.

Au cours du mois qui vient, j'aimerais vous demander de consacrer vos pensées et vos efforts à la diffusion des enseignements du Rosicrucian Fellowship. N'essayez pas de convaincre quiconque contre sa volonté ou de faire du prosélytisme, mais essayez de trouver, d'une manière discrète, ce qui préoccupe telle ou telle personne au point de vue spirituel, puis tâchez de lui venir en aide avec nos enseignements. Nous vous laissons cependant juges de l'opportunité de lui dire, ou non, d'où vous tenez ces enseignements. Le principal est de les diffuser, et non de faire de la propagande pour The Rosicrucian Fellowship.

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LETTRE NO 4 - Avril 1911 - UN APPEL EN FAVEUR DE L'ÉGLISE

Le mois dernier, je vous avais promis de continuer à traiter le sujet de l'Ordre des Rose-Croix et de sa relation avec The Rosicrucian Fellowship, mais j'oubliais que nous approchions de Pâques et qu'il faudrait donner la priorité à ce sujet. J'espère que vous serez d'accord sur ce point, du moment que nous vivons dans un pays chrétien et que nous sommes chrétiens de coeur - du moins je l'espère. De fait, chers amis, ce que je voudrais publier ce mois-ci est réellement un appel en faveur de l'Eglise , et c'est pourquoi notre leçon de ce mois (devenue le chapitre 20 des "Glanes d'un Mystiques") se termine par le poème "Credo ou Christ ?" (que nos lecteurs trouveront en tête de la "Cosmogonie").

Nous sommes tous des Christs en devenir, l'amour spirituel se développe en nous tous, aussi pourquoi ne serions-nous pas membres de l'une ou l'autre des Eglises chrétiennes qui chérissent l'idéal du Christ? Certains des meilleurs collaborateurs du Rosicrucian Fellowship sont membres, et même ministres, d'une Eglise. Beaucoup de personnes ont faim et soif des enseignements dont se nourrissent nos âmes, et nous ne pouvons les partager en demeurant à part; en outre, cela nous fait négliger une excellente occasion d'aider à élever le niveau de l'Eglise.

Bien entendu, chacun est entièrement libre de ses décisions. On ne vous

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demande pas de devenir membre d'une Eglise, ni même de prendre part à ses services, mais si vous y allez dans l'idée de vous rendre utiles, je puis vous promettre que vous ferez l'expérience d'une merveilleuse croissance de l'âme en un temps très court. Les grands Anges de Justice, qui donnent à chaque nation la religion convenant le mieux à ses besoins, nous ont placés dans un pays chrétien parce que la religion du Christ est de nature à favoriser notre croissance spirituelle. Même si elle a été obscurcie par des divisions et par le dogmatisme, cela ne devrait pas nous empêcher d'accepter ceux de ses enseignements qui sont bons, car ce serait aussi stupide que de concentrer notre attention sur les taches du soleil en refusant de voir sa glorieuse lumière.

Veuillez, chers amis, réfléchir à cette question et, pour le mois qui vient, prendre pour mot d'ordre "Plus grande utilité", afin de faire de grands progrès en essayant de tirer parti des occasions qui s'offrent à vous.

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LETTRE NO 5 - Mai 1911 - IMPORTANCE DES SENTIMENTS ÉLEVES

J'espère que vous avez pris plaisir à la leçon du mois dernier (devenue le chapitre 20 des "Glanes d'un Mystique"). Vous serez peut-être surpris d'apprendre que je m'y suis moi-même complu, car elle a puissamment éveillé mes sentiments de dévotion, à la pensée que la Vie divine se déverse périodiquement pour nous, afin que nous puissions vivre avec une plénitude plus grande. Sans cet influx annuel de la Vie de Dieu, toute vie terrestre, ou plutôt toute forme, cesserait d'exister. C'est en ressentant les émotions supérieures que nous nous élevons le plus aisément. Il est bon d'étudier et de développer notre mental, mais à notre époque nous courons le grand danger de nous égarer dans les dédales de l'intellectualité. Paul a vu juste lorsqu'il disait: "la connaissance enfle, mais l'amour édifie" (I Corinthiens 8:1). Nous désirons tous savoir , ce qui est bien naturel, mais à moins que nos connaissances ne nous améliorent, ne fassent de nous de meilleurs serviteurs de notre, prochain, elles ne nous rendront pas plus grands devant Dieu. C'est pour cela que cultiver des sentiments élevés a une énorme importance, et j'espère sincèrement que vous avez ressenti la leçon de Pâques, car c'est la seule façon d'en bénéficier pleinement.

Imaginez-vous cette grande vague d'énergie divine, émise par le Soleil invisible qui est la manifestation du Père. Essayez d'éprouver le sentiment de

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révérence que vous ressentiriez si vous pouviez voir cette force, comme le fait un clairvoyant développé. Suivez-la en imagination, atteignant la Terre en la Nuit Sainte de Noël. Laissez-vous pénétrer par le sentiment de cette vague inondant notre globe et produisant une germination dans tous les règnes. Le Christ s'est servi de l'exemple d'une poule couvant ses poussins pour décrire ses sentiments à l'égard des autres êtres, et si vous essayez de ressentir les forces germinatives à l'oeuvre dans toute la nature comme l'indique notre leçon de Pâques, vous saisirez un aspect de cette influence qui pourrait vous avoir échappé.

J'espère que vous utiliserez longtemps cette leçon comme sujet de méditation; en effet, elle diffère de ces leçons intellectuelles qui peuvent être comprises par le mental et mises ensuite de côté. La valeur de cette leçon est permanente et, plus vous la reprendrez souvent pour la laisser agir sur votre coeur, plus vous vous rapprocherez du coeur des choses : c'est Dieu, notre Père aimant, qui répand sa Vie aussi bien pour la plante minuscule que pour le géant des forêts; qui prend soin des bêtes et des oiseaux et qui, sans connaître de distinctions sociales, se soucie aussi bien du vagabond sans feu ni lieu, que du potentat dans son palais. Puisse Dieu vous bénir abondamment et vous ouvrir le trésor de ses richesses, qui surpassent toutes les jouissances terrestres, et puissiez-vous ressentir comme une réalité la vague d'amour qu'il déverse à nouveau d'année en année! Alors vous ne vous sentirez jamais isolé si vous êtes seul, et vous serez spirituellement bien plus riche, quelle que soit votre part d'amour terrestre, et bien plus apte à rayonner cette émotion de l'amour spirituel, la plus sublime de toutes.

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LETTRE NO 6 - Juin 1911 - LA GUÉRISON DES MALADES

Le Christ a fait deux recommandations à ses disciples: Prêchez l'Evangile , et guérissez les malades (Matthieu 10:7-8). Dans la leçon du mois dernier (devenue le chapitre 18 des "Enseignements d'un Initié", tome 1), nous avons vu à quel point le ministère de conseiller spirituel est en relation avec la guérison des troubles physiques. En effet, bien que la cause immédiate et apparente des maladies puisse être physique; en dernière analyse, tous ces troubles sont dus à la transgression des lois divines, que nous avons coutumes d'appeler lois naturelles dans nos efforts matérialistes pour éliminer la divinité. Avec une rare pénétration, Bacon disait: "Dieu et la Nature diffèrent seulement dans la même mesure que le sceau de son empreinte." De même que la cire ramollie se moule sur les lignes rigides du sceau, de même aussi la Nature se conforme passivement aux lois immuables de son divin Créateur, et c'est pourquoi la santé et l'absence de soucis sont de règle dans les règnes inférieurs. Mais au moment où le stade humain est atteint, lorsque l'individualité se développe et que nous commençons à demander la liberté de choisir, avec des prérogatives et l'émancipation, nous sommes enclins à transgresser les lois divines, ce qui entraîne invariablement des souffrances.

La Lune a une face cachée que nous ne voyons jamais, bien que connaissant son

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existence, et cette face cachée exerce sur les marées une influence aussi réelle que la face visible et plus rapprochée de nous. Il en va de même pour l'homme qui, lui aussi, a son côté caché, lequel représente un facteur aussi actif que l'être physique visible. Les transgressions des lois divines sur les plans d'activité mentale et morale ont leur part de responsabilité dans les désordres physiques, tout comme la face cachée de la Lune participe à la formation des marées.

Si cela était compris, les médecins cesseraient de s'étonner que, chez un malade, une certaine dose d'un médicament produise une guérison, alors que dans un autre cas elle puisse n'exercer aucun effet. Un nombre croissant d'entre eux, cependant, commencent à reconnaître que la loi de la destinée est un important facteur de maladie et de retardement de la guérison, bien qu'ils ne commettent pas l'erreur de croire en une destinée inexorable. Ils reconnaissent que Dieu ne nous afflige pas à plaisir et ne recherche même pas à rendre la pareille au transgresseur ; ils comprennent que les peines et les souffrances ont pour but de nous enseigner des leçons que nous ne voudrions ou ne pourrions apprendre d'une autre manière. Les astres montrent la période semblant nécessaire pour nous enseigner la leçon, mais Dieu lui-même ne saurait en déterminer l'exacte durée , ni la mesure de souffrance nécessaire, car nous avons nous-mêmes cette prérogative, étant d'essence divine . Si, nous rendant compte de notre transgression, nous commençons à obéir à la loi avant que cesse l'influence contraignante des astres, nous sommes guéris de notre mal mental, moral ou physique; si nous persistons dans nos erreurs jusqu'à ce qu'un aspect cesse, sans avoir appris notre leçon, une configuration plus défavorable viendra plus tard nous forcer à obéir.

C'est souvent dans ce domaine que le médecin ouvert aux choses de l'esprit

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peut rendre des services très efficaces et abréger la durée des souffrances en faisant ressortir pourquoi le patient est accablé. Même lorsque le guérisseur se trouve dans l'incapacité de venir à bout de la maladie, il peut très souvent redonner courage au patient pour traverser une période inévitable de souffrances, en promettant le soulagement pour un temps fixé. En m'occupant de malades au cours des années passées, j'ai eu assez fréquemment le privilège de montrer ainsi l'étoile de l'espérance et, pour autant qu'il m'en souvienne, mes prédictions de guérison pour un temps donné se sont toujours vérifiées, parfois d'une manière presque miraculeuse, car les astres représentent l'horloge, toujours exacte, de la destinée.

Ce qui précède montre que nous devrions étudier l'astrologie sous un angle spirituel. Dans la prochaine lettre, j'espère pouvoir continuer à développer ce sujet (voir Lettre NO 8), mais en attendant je suis sûr que vous serez heureux d'apprendre que nous avons acheté le terrain dont je parlais. C'est l'un des endroits les plus avenants de la Californie méridionale; de fait, bien qu'ayant voyagé dans le monde entier, je n'ai jamais trouvé un site comparable à celui de notre Siège futur. Il se trouve sur un plateau élevé, d'où l'on peut voir jusqu'à une cinquantaine de kilomètres dans toutes les directions. Au nord, la chaîne des monts de Santa Ana nous abrite des vents froids, si bien qu'il ne gèle presque jamais au cours de l'hiver. A nos pieds, vers l'est, se trouve la belle vallée de San Luis Rey, avec sa rivière qui, semblable à un ruban argenté, se fraie un chemin à proximité de fertiles cultures. Au loin se voient les murs blancs et le clocher de la vieille mission espagnole placée sous le vocable de Saint Louis, Roi de France (San Luis Rey de Francia) où les Pères Franciscains ont enseigné les Indiens

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pendant plus d'un siècle. Plus loin à l'est, les monts San Gorgonio et San Jacinto dressent leurs crêtes enneigées devant un ciel du plus bel azur. Vers le sud, le promontoire de La Jolla, où se trouvent des grottes pittoresques, nous cache le grand port naturel de San Diego, la ville de l'extrême sud-ouest des Etats-Unis. Au couchant, semblant reposer sur les eaux placides du Pacifique, apparaissent les deux îles de San Clemente et de Santa Catalina, dont on sait que cette dernière abrite de merveilleux jardins sous-marins. Bref, c'est un tableau glorieux et inspirateur, suffisant à lui seul à évoquer les sentiments les plus purs et les meilleurs chez tous ceux qui aspirent tant soit peu aux choses spirituelles.

Nous avons donné à ce bel endroit le nom de Mount Ecclesia , et un fond de construction a déjà été créé pour y construire des bâtiments répondant à nos besoins: une école de guérison, un sanatorium et, avant tout, un lieu de culte, ou "Ecclesia", où la Panacée spirituelle puisse être préparée et envoyée dans le monde entier pour être utilisée par des guérisseurs qualifiés.

 

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LETTRE NO 7 - Juillet 1911 - LE BAPTEME D'EAU ET D'ESPRIT

Le mois dernier, nous avions commencé à parler des sacrements, et mon intention était d'écrire une leçon sur la Communion , mais le sujet s'est révélé tellement vaste qu'il englobe presque tout, de la Genèse à l'Apocalypse, sans oublier certains aspects physiologiques, tels que la chimie des aliments et du sang, l'atmosphère, etc. Il s'apparente d'ailleurs de très près à celui de la seconde venue du Christ. Le temps me manque pour le traiter en ce moment, car il fournira la matière de plusieurs leçons. J'ai donc trouvé préférable d'y revenir plus tard (voir chapitres 3 à 11 des "Glanes d'un Mystique") et de vous donner, en attendant, une leçon tirée du nouveau livre "Mystères Rosicruciens". Elle est partiellement extraite du chapitre 5, intitulé "Le mystère de la Lumière, de la Couleur et de la Conscience". Vous la trouverez, je crois très intéressante et instructive.

En ce qui concerne la leçon du mois dernier sur le Baptême (devenue le chapitre 5 des "Glanes d'un Mystique"), vous noterez que ce sacrement, loin d'être un reliquat du dogmatisme attribué communément à l'Eglise, est le symbole d'une condition qui existait véritablement dans le passé, à l'époque où l'humanité formait une authentique fraternité. Il est significatif qu'avant la venue du Christ, la Loi exigeait oeil pour oeil et dent pour dent, et que notre Sauveur, avant de commencer à prêcher l'Evangile de l'amour envers nos

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a passé sous les eaux du baptême, où il a reçu l'Esprit universel qui supplantera l'égoïsme actuel.

Après ce baptême, il débordait d'amour, et par conséquent, irradiait naturellement cette qualité, aussi naturellement qu'un fourneau plein de charbons ardents rayonne de la chaleur. Nous pourrions prêcher indéfiniment au fourneau qu'il a le devoir de chauffer, mais à moins de le remplir de combustible, il restera froid. De la même manière, nous pouvons prêcher à l'humanité qu'il nous faudrait vivre dans la fraternité et nous aimer les uns les autres, mais à moins de nous mettre " à l'unisson de l'Infini ", nous ne pouvons pas davantage aimer notre prochain que le fourneau vide ne peut chauffer. Comme le dit Paul: "Quand bien même je parlerais toutes les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas l'amour , je suis un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit" (I Corinthiens 13:1).

Le baptême de l'eau se rapporte à une condition passée, où nous étions aussi peu responsables de nos actes que le petit enfant recevant le baptême, mais le baptême de l'Esprit est, pour la plupart d'entre nous, une expérience future, et c'est à celui-là que nous aspirons. Au cours du mois qui vient, relisons avec une attention particulière le chapitre 13 de la première Epître aux Corinthiens. Efforçons-nous de pratiquer, dans notre vie quotidienne, au moins l'une des vertus dont Paul nous dit qu'elles conduisent à l'illumination, afin de nous rendre bientôt capables de voir en face les beautés des sacrements, que nous ne percevons peut-être maintenant qu'obscurément, comme dans un miroir.

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LETTRE NO 8 - Août 1911 - GOUVERNER NOS ASTRES

J'espère que vous avez apprécié la leçon du mois dernier sur "Le Mystère de la Lumière, de la Couleur et de la Conscience" (tirée du chapitre 5 des "Mystères Rosicruciens"). Peut-être saisissez-vous mieux, maintenant, le sens des paroles: "C'est en Lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être" (Actes 17:28), car partout, dans l'Univers tout entier, en quelque lieu que pénètre la lumière, Dieu s'y trouve aussi. Même dans les endroits que nous appelons obscurs, parce que la constitution de nos yeux nous empêche d'en percevoir les contours, des organes de vision différemment constitués, tels que ceux des chats, des hiboux, peuvent distinguer ce qui s'y trouve.

Le Christ a dit: "Laissez luire votre lumière",(Matthieu 5:16). A la vision spirituelle, chaque être humain apparaît comme une flamme lumineuse, dont les couleurs varient selon le tempérament de l'intéressé, et dont l'éclat est proportionné à la pureté de son caractère. La science a découvert que toute matière est en état de transformation, que les particules composant nos corps ne cessent de se décomposer et d'être remplacées par d'autres, qui restent pour un temps seulement, avant de se décomposer à leur tour. De même, notre disposition d'esprit, nos émotions, nos désirs, changent d'un moment à l'autre, l'ancien faisant place au nouveau en une interminable succession. Il s'en suit qu'eux aussi doivent être formés d'une sorte de matière, sujette à des lois semblables à celles qui gouvernent les substances physiques.

Nous pouvons même - et cela est fréquent - changer notre mental: nous pouvons

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le cultiver, à notre idée, dans une direction ou dans une autre, tout comme nous pouvons développer les muscles de nos bras et de nos jambes - ou nous pouvons les laisser s'atrophier. Notre mental doit donc aussi se composer d'une substance changeante, mais l'Ego, le Penseur, ne perd jamais son identité. De l'enfance à la vieillesse, ce "je" reste le même, en dépit des changements de pensées, de sentiments, d'émotions, de désirs. Bien que notre corps, que nous utilisons comme vêtement, change au cours des années, nous restons continuellement et perpétuellement les mêmes.

Toutefois, la qualité de mutabilité de la matière et de précarité de la forme est la base de tout progrès spirituel, car si la matière était aussi immuable que l'esprit, il n'y aurait aucune possibilité d'évoluer. Aussi longtemps que nous dérivons au gré des courants de la vie, sans être capables d'exercer aucun pouvoir conscient sur le flux et le reflux de la matière qui arrive à nous et qui en repart, nous sommes le jouet des circonstances. Lorsqu'un rayon de Mars rencontre les atomes de notre corps sous un certain angle, nous sentons toute l'agressivité qu'il entraîne. Un rayon de Saturne, d'autre part, nous déprime; il nous rend moroses et pleins de sombres pressentiments. Mais à mesure que nous évoluons et que nous arrivons à comprendre le mystère de la Lumière, de la Couleur et de la Conscience , nous apprenons graduellement à gouverner nos astres. Alors, en nous conformant aux lois de la nature, nous devenons les maîtres de nos propres destinées, et il est essentiel que nous puissions parvenir à nous affirmer, quels que soient les aspects qui dominent à un certain moment, et à dire avec le poète Henley:

Peu importent l'étroitesse de la porte, Les peines qui chargent mon passif Mon "moi" est le maître de mon esquif, Le capitaine de mon âme.

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LETTRE NO 9 - Septembre 1911 - LES GARDIENS INVISIBLES DE L'HUMANITE

Dans la leçon sur le Baptême (devenue le chapitre 5 de "Glanes d'un Mystique") vous avez vu qu'il fallait remonter tout au début de notre évolution sur notre planète pour trouver la signification de ce sacrement. Dans la leçon du mois dernier, sur la Communion (devenue le chapitre 3 du même livre) vous aurez également remarqué que ce sacrement avait son origine dans la nuit des temps. Il est donc évident qu'à moins de pouvoir faire des recherches dans l'histoire ancienne de l'humanité, nous ne pouvons nous faire une idée claire de ce qui concerne son développement. Goethe parlait de "das ewig Werdende" - l'éternel devenir. Le changement est le ressort principal du progrès et, en nous bornant à considérer l'homme tel qu'il est actuellement , il va de soi que nous serons très limités dans nos déductions touchant son avenir.

Cette dernière leçon illustre la Loi d'Analogie, en montrant comment l'homme a été éduqué par des guides divins d'une façon analogue à celle dont le petit enfant reçoit de ses parents les soins qui le prépareront au combat de la vie. Nous pouvons avoir l'assurance que, même si ces gardiens ont cessé de nous conduire de manière visible , ils n'en sont pas moins toujours avec nous, attentifs aux faits et gestes de leurs anciens protégés, tout comme nous, en tant que parents, continuons à nous intéresser au sort de nos enfants après

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qu'ils ont quitté notre foyer pour mener une existence indépendante.

Pour ceux dont la vue spirituelle s'est développée et qui ont appris à discerner les différentes classes d'êtres sur les plans supérieurs, cette protection est une constatation des plus rassurantes. Bien que personne ne puisse empiéter sur le libre arbitre de l'humanité, et bien qu'il soit contraire au plan divin de contraindre quiconque à faire ce qu'il ne désire pas faire, rien n'empêche des suggestions dans les directions mêmes qu'un homme serait disposé à choisir. Si les mouvements humanitaires sont en progrès, c'est à la sagesse et à l'amour de ces grands Etres que nous le devons.

Pendant les siècles passés, les Occidentaux ont particulièrement ressenti la tristesse et la peine dues aux guerres et aux conflits. La lutte pour l'existence ne cesse de devenir de plus en plus âpre; elle est placée sous le signe de l'"inhumanité de l'homme pour l'homme". Cependant, il existe aussi un autre facteur; développé par les Etres d'amour et de compassion: les mouvements altruistes qui se multiplient de plus en plus et qui gagnent en efficacité au cours des années. On est heureux de constater, d'autre part, que les aumônes et la charité qui dégradent les bénéficiaires sont remplacés de plus en plus par le principe d'aider les autres à s'aider eux-mêmes , ce qui élève à la fois ceux qui reçoivent et ceux qui donnent. Cette sorte d'entraide demande davantage de réflexion, et un esprit de sacrifice, qualités qui sont encouragées par nos Gardiens invisibles chez les hommes les plus forts, lesquels sont maintenant les gardiens de leurs frères plus faibles .

Nous sommes heureux de constater qu'un certain nombre de nos membres sont actifs dans des institutions s'inspirant de ces principes, et j'espère

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sincèrement voir le jour où une grande majorité d'entre vous pourra entreprendre un travail de cette nature, chacun dans son propre milieu. Mais commencez chez vous en étant aimables envers tous ceux avec lesquels vous entrez en contact, et lorsque vous aurez été fidèles dans les petites choses, les occasions de servir sur une plus grande échelle ne manqueront pas de se présenter.

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LETTRE NO 10 - Octobre 1911 - NOURRITURE CARNÉE ET ALCOOL

Une tendance très répandue est celle de prôner ce qui nous plaît, tout en dépréciant ce qui nous inspire de l'aversion, mais sans doute, après avoir lu la leçon du mois dernier (devenue le chapitre 11 des "Glanes d'un Mystique") aurez-vous assimilé cette grande et glorieuse vérité que dans le Royaume du Père, toutes choses concourent au bien . Ceux d'entre nous qui se contentent d'une nourriture végétarienne, et ceux qui ne ressentent pas le désir de boissons fortes, méprisent souvent leurs frères et soeurs qui consomment de la viande et des boissons alcooliques, mais vous aurez sans doute compris, grâce à cette leçon, que l'attitude de "je suis plus évolué que vous" est dénuée de tout fondement. La nourriture carnée et l'alcool ont beaucoup contribué au progrès matériel de l'humanité et, sans eux, nous ne connaîtrions, ni le confort moderne, ni nos rapides moyens de transport, ni les multiples machines et appareils qui rendent la vie plus facile qu'autrefois. En outre, l'époque de leur utilité n'est pas entièrement révolue, car beaucoup de personnes en ont encore besoin. D'ailleurs, l'Evangile nous dit que ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui nous souille, mais ce qui en sort (Matthieu 15:11); et une attitude dédaigneuse à l'égard de ceux qui consomment de la viande ou de l'alcool nuit bien davantage à la croissance spirituelle que le simple usage de tels aliments.

Par conséquent, ne condamnons pas les autres; essayons plutôt de voir les choses sous leur angle, en

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les laissant vivre à leur façon comme nous désirons vivre à la nôtre. Ne leur imposons pas notre point de vue et n'essayons pas de convertir à nos idées ceux qui ne sont pas encore prêts à les accepter. Le changement devrait venir de l'intérieur et ne devrait pas être dicté par des considérations de meilleure santé, ni d'une accélération de la croissance de l'âme. Le principal motif d'un tel changement devrait être la compassion pour les pauvres victimes sacrifiées à notre appétit.

On peut cependant dire, sans crainte d'erreur, que nous consommons trop de viande, et que la nourriture carnée, comme tous les composés azotés (nitro- glycérine, fulmi-coton et autres explosifs) est extrêmement instable et dangereuse. Par conséquent, il nous est permis de conseiller la modération. Nous ne sauverons pas autant de vies qu'en convertissant des gens au végétarisme, mais cette façon de procéder n'en est pas moins la plus sage. En outre, si nous parvenons à inculquer à autrui un sentiment de compassion, le désir de viande s'effacera devant l'esprit d'amour.

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LETTRE NO 11 - Octobre 1911 - PRÉPARATIFS EN VUE DE NOTRE INSTALLATION A MOUNT ECCLÉSIA

(N.B. - Cette deuxième lettre d'octobre n'était accompagnée d'aucune leçon)

Samedi 28 octobre, à midi quarante précise, heure du Pacifique, nous allons retourner la première pelletée de terre pour la construction d'un bâtiment à Mount Ecclesia, qui va devenir le Siège du Rosicrucian Fellowship. Ce bâtiment sera comparativement petit, et nous tâcherons de le construire aussi économiquement que possible, sans quoi nous ne pourrions pas bâtir du tout. Je ferai même le travail d'architecte et d'entrepreneur pour diminuer les frais, mais cela n'empêchera pas de considérer cette date comme étant d'une grande importance pour la vie de notre association. Nos locaux privés seront assez exigus, mais en revanche nous aurons une grande salle de travail et de la place pour héberger plusieurs collaborateurs, en attendant que des fonds deviennent disponibles pour des bâtiments plus importants et plus dignes de notre mission dans le monde, tels qu'un Temple.

Nous sommes très conscients que l'envergure de notre activité dans le monde dépend dans une très large mesure du soutien et de la coopération de nos amis, et c'est pourquoi nous sollicitons instamment votre assistance active pour cette importante occasion, afin que The Rosicrucian Fellowship devienne une

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plus grande puissance pour le bien que toute autre qui l'a précédée.

Vous savez que les pensées sont des forces d'une importance proportionnelle à l'intensité du motif qui les anime. Il n'est pas de moyen plus facile, ni plus efficace de mettre tout notre être en harmonie avec un certain but, et d'envoyer une pensée puissante dans une direction donnée, que la fervente prière chrétienne. J'ai deux demandes distinctes à vous faire pour requérir l'aide de vos prières, et je compte que vous nous donnerez l'appui le plus chaleureux.

Tout d'abord, quoique indigne de cette charge, je devrai, en tant que chef de notre mouvement, retourner la première pelletée de terre pour notre futur Siège à l'heure indiquée et, s'il vous est possible de vous isoler à ce moment, veuillez prier avec ferveur pour que ce Siège puisse grandir et prospérer pour le bien de tous. L'union des prières de nos étudiants dans le monde représentera une immense force dans cette direction.

Mais vous pouvez faire davantage: les pensées réunies de nombreux amis, dirigées jour après jour vers un centre commun, peuvent opérer des miracles. Voulez-vous nous envoyer chaque soir une prière pour fortifier Mrs Heindel, les collaborateurs du Siège et moi-même, afin que nous puissions devenir des travailleurs plus purs, meilleurs et plus efficaces au service de l'humanité, et que nous devenions ainsi plus capables de diminuer les souffrances et la détresse de tous ceux qui sollicitent notre aide?

En outre, voudriez-vous m'écrire de temps à autre pour m'assurer de votre sympathie et de votre coopération? Je ne serai peut-être pas en mesure de vous remercier individuellement, mais vous pouvez être assurés que je n'en apprécierai pas moins ce témoignage de votre bonne volonté.

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LETTRE NO 12 - Novembre 1911 - CÉRÉMONIE DU DÉBUT DES TRAVAUX DE CONSTRUCTION A MOUNT ECCLÉSIA

Ce mois-ci, je fais une exception à mon habitude de consacrer la lettre mensuelle à une révision de la leçon du mois précédent, afin de vous parler de notre cérémonie du 28 octobre, où nous avons retourné la première pelletée de terre pour le bâtiment qui s'élèvera sur le terrain de notre futur Siège permanent. Je suis sûr que vous étiez avec nous en esprit, que vous êtes impatients d'avoir des nouvelles à ce sujet, et que ce récit nous rapprochera par la pensée.

Notre première idée était de renoncer à toute cérémonie, d'autant plus que nous désirons éviter toute dépense inutile, nos fonds n'étant pas même suffisants pour les finitions du bâtiment projeté, si bien que nous devrons nous serrer la ceinture jusqu'à ce que les conditions soient plus favorables.

Je pensais me rendre sur place pour y faire le service mentalement et tout seul, mais cela me paraissait trop froid, trop triste, trop morne, de n'avoir pas avec moi un ami en chair et en os qui puisse se réjouir avec moi en cette importante occasion - pas même ma chère compagne et collaboratrice, Mrs Heindel. D'autre part, comme il s'agissait d'une question fondamentale touchant The Rosicrucian Fellowship, et non d'une affaire personnelle, il me

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semblait que les membres devraient avoir l'occasion d'y prendre part. Cette pensée m'a préoccupé jusqu'au moment où j'ai décidé de prendre l'avis de l'Instructeur. Comme il s'est montré très en faveur de ce projet, nous avons pris nos mesure pour célébrer cet événement de façon simple, mais digne, et nous avons envoyé des invitations à des amis des alentours.

Nous avons confectionné une grande croix de même style que notre emblème et, à l'extrémité de ses trois bras, nous avons peint, en lettres d'or, les initiales C.R.C. Comme vous le savez, elles représentent le nom symbolique de notre grand Chef, tout en désignant aussi notre emblème comme la Rose-Croix chrétienne, ce qui comporte une idée de beauté et de vie supérieure, bien différente de la lugubre idée de mort, habituellement associée à une croix noire.

Nous avons décidé de planter cette croix, avec un rosier grimpant, lors de la même cérémonie, afin que ces deux symboles servent à représenter la force des différents règnes en train d'évoluer vers des sphères plus hautes sur le sentier en spirale de l'évolution.

Le 27, Mrs Heindel et moi-même sommes partis pour Oceanside, rompus de fatigue après avoir préparé notre déménagement. La première pluie de la saison tombait, aussi avions-nous quelque appréhension pour la cérémonie du lendemain, mais en regardant les montagnes en direction de l'est, nous avons aperçu le plus grand des arcs-en-ciel - de fait, il était double, et sa base sud semblait s'appuyer directement sur Mount Ecclesia.

Notre responsabilité d'aider des milliers d'âmes lassées de porter bravement leurs fardeaux nous a souvent semblé au-dessus de nos forces, et pourtant nous avons toujours trouvé une énergie renouvelée

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en regardant "au dedans". Cette fois-ci, c'était comme si la nature tout entière désirait nous réconforter et nous dire: "Prenez courage, rappelez-vous que cette oeuvre n'est pas la vôtre, mais celle de Dieu; confiez-vous entièrement à lui: il vous montrera le chemin." Nous avons alors joint les mains et reçu de nouvelles forces pour continuer le beau travail dont Mount Ecclesia doit devenir le centre.

Le jour de la cérémonie, il faisait un temps californien idéal, et le soleil brillait dans un ciel sans nuage. Où que nous portions nos regards, l'océan, les vallées ou les montagnes, tout semblait nous sourire. Nos collaborateurs et nos visiteurs ont été enchantés de la beauté incomparable de notre site. (Suivent les nom des personnes présentes, au nombre de neuf, y compris Mr et Mrs Heindel).

Au moment prévu, j'ai retourné la première pelletée de terre pour le bâtiment, et ensuite tous se sont aidés à creuser pour la croix, qui a été plantée par William Patterson. Mrs Heindel a planté le rosier, qui a ensuite été arrosé par tous les membres présents. Puisse-t-il croître et fleurir pour orner la nudité de la croix et devenir une inspiration vers la pureté de vie qui effacera tous les anciens péchés. Le texte de l'allocution, telle qu'elle était prévue, constitue la leçon de ce mois, mais les circonstances ont donné lieu à quelques modifications (ce texte est devenu le chapitre 19 des "Enseignements d'un Initié", tome 1).


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